Le bonheur au travail, une philosophie contre-productive

 

Le bonheur au travail, une philosophie contre-productive

A l'heure où les travailleurs sont en quête de sens et les employeurs en quête de moyens de conserver leurs talents, le « bonheur au travail » semble dominer les discussions. S’il n’est pas rapidement remis en cause, ce paradigme risque hélas de faire beaucoup de dégâts. Penchons-nous tout d’abord sur le vocable lui-même. Pour les philosophes, « le bonheur est un état durable de plénitude, de satisfaction ou de sérénité ». Le terme « travail », pour sa part, vient du bas latin tripalium: appareil formé de trois pieux, utilisé pour ferrer les animaux ou comme instrument de torture pour châtier les esclaves. Difficile, a priori, de concilier les deux termes. Le bonheur au travail serait-il donc un leurre ?

Bonheur et épanouissement

Même en mettant de côté le cliché archaïque du travail comme instrument de torture, le paradoxe reste entier. Par nature, peu d’entre nous accepteront d’emblée que l’entreprise ou l’institution publique constitue le lieu où chacun trouvera son bonheur, au sens de la définition. En revanche, chacun peut accepter qu’il soit tout à fait possible de trouver une source d’épanouissement dans le travail.

Cet épanouissement est le résultat des efforts menés par les travailleurs, les managers et les gestionnaires des Ressources Humaines. L'entreprise peut aider ses employés – mais seulement si ceux-ci le désirent eux-mêmes – à trouver dans leur quotidien cet épanouissement qui leur permettra de grandir, de montrer leurs capacités et de vivre leurs valeurs au sein de l'effort collectif. Cet épanouissement fera alors le bien de l’entreprise, de l'économie, et de la société au sens large.

L’illusion du bonheur

Le message véhiculé par les promoteurs du « bonheur au travail » est tout autre : pour ces derniers, l’employé peut – voire doit – trouver SON bonheur au travail. Poussés par ces commerciaux du bonheur clé sur porte, les entreprises organisent aujourd’hui des formations pour transformer les managers en Gentils Managers, sorte d’animateurs bienfaisants au service du bonheur des employés. Mais le rôle des managers est-il vraiment d’être « gentils » ?

Une entreprise doit vivre, progresser, investir. En ces temps d’automatisation et de main d’œuvre bon marché, investir dans l'humain est aujourd’hui indispensable pour permettre aux entreprises d’acquérir et de conserver un avantage compétitif. Mais pas n'importe comment. Peindre une 2CV en rouge n’en a jamais fait une Ferrari. Une couche de « bonheur au travail » ne remplacera jamais les valeurs et la culture d’une entreprise dynamique centrée à la fois sur ses objectifs et sur l’épanouissement de ses collaborateurs.

Dissonance à tous les étages

Par ailleurs, ce message de « bonheur au travail » risque de s’avérer davantage contre-productif que bénéfique. Voire destructeur. Qu’allons-nous dire au salarié auquel nous avons vendu l’idée que son entreprise est une entreprise cool, où il fait bon travailler et où les managers sont gentils, lorsqu’il apprendra, après s’être investi sans compter pendant des années, que son Happy Manager des ressources humaines a décidé de le licencier ?

Changer, mais dans le bon sens

L'attitude des entreprises doit changer. Le constat est clair. Elles doivent incarner des valeurs fortes, et leurs managers doivent vivre ces valeurs et les transcrire au quotidien dans leurs choix et dans leurs actes. L’humain doit aujourd’hui reprendre sa place au centre de l’organisation et évoluer en symbiose avec celle-ci. Mais attention! Contrairement à ce que d’aucuns essaient de nous faire croire, cool ne veut pas dire humain.

 

Auteur: Aurélien Herquel

Chairman & Founder ASBL "Hu-Man"